L'aventure Lejaby

Publié le par Fernand Chocapic

En sortant du lycée, je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je suis allé à la maison du peuple consulter les offres d'emploi. En entrant dans le bâtiment, sur la droite, il y a un tableau d'affichage où chacun peut venir punaiser un petit mot accompagné de son numéro de téléphone. Le plus souvent, ce sont des étudiants qui offrent leurs services pour des cours d'anglais ou de mathématiques. Les jeunes filles occupent le créneau du babysitting. Les femmes plus âgées proposent des travaux de couture. Je les imagine chez elles, sur la table de la cuisine, en train de reprendre l'ourlet d'un pantalon. Soudain, on sonne à la porte. Elles vont ouvrir. Je me tiens devant elles avec mon air de tous les jours. Elles me prennent pour le fils de la voisine. Je bafouille quelques mots. Elles me font entrer dans un petit vestibule. Je m'assieds sur une chaise. Elles me servent un sirop de grenadine. Je leur explique un peu en quoi consiste ma fabrique de sous-vêtements et en quoi elles pourraient m'être utiles, notamment dans la conception de culottes bouffantes inspirées de modèles des années 70. Après m'avoir longuement remercié, on se retrouve tous dans une zone industrielle où j'ai loué un hangar. Il y a de nombreux postes de travail avec des machines à coudre et des tables à dessin. Mon bureau est entièrement vitré. Je plaisante autour de la machine à café. Un matin, alors que je suis sur le parking, j'entends du bruit à l'intérieur du hangar. Il y a une employée de la division "grandes tailles" qui se promène en culotte dans l'allée centrale, ce qui provoque des rires et des applaudissements chez ses collègues. Quand j'entre, tout le monde s'arrête de rire. J'observe attentivement la culotte. Je la trouve remarquablement bien coupée. J'aime la texture 100% coton et le motif avec des cerises. Je félicite la couturière qui a imaginé ce modèle. Je lui propose de le faire breveter. Tout le monde se met à applaudir. J'envoie un commis chercher un gâteau. On fête ça tous ensemble puis je m'enferme dans mon bureau pour passer des coups de fil. Je décroche de nouveaux contrats. Je m'envole pour le Japon avec quelques-unes de mes meilleures couturières. Nous nous retrouvons à Osaka dans une chambre d'hôtel. Je leur explique ma stratégie marketing. L'une d'entre elles me signale un jacuzzi dans la salle de bain. Nous poursuivons la réunion dans le jacuzzi. C'est un moment très convivial. On apprend à mieux se connaître. Le lendemain matin, on se retrouve dans le hall de l'hôtel pour prendre un jus d'orange. Nous faisons le tour de la ville pour montrer notre catalogue à des clients potentiels. Tous sont épatés par la qualité de fabrication de nos sous-vêtements. Le soir, on ne se fait pas prier pour aller au lit. On se glisse comme on peut sous la couette. Le lendemain, il est déjà temps de rentrer. On traîne notre petite valise sur les tapis roulants de l'aéroport. Arrivés à Paris, on se prend une chambre d'hôtel
 
 

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Aukazou 18/02/2017 22:35

Oui catherine, vous avez raison, j'ai le rire gras et l'humour graveleux. Je suis connue pour ça.

Aukazou 16/02/2017 18:18

Y a pas photo : Catherine écrit mieux que vous ! Même quand elle parle de slip, j'ai l'impression de lire un roman de facture classique.

Fernand Chocapic 16/02/2017 18:31

Et vous pensez qu'elle accepterait d'écrire mes textes ?

catherine 16/02/2017 17:03

On ne pourra plus cacher bien longtemps que mon arrière grand tante s'approvisionnait en fil à gant dans la mercerie de votre arrière grand oncle, d'où notre air de parenté.

Fernand Chocapic 18/02/2017 14:10

"Cuir léger cuir changeant cuir lourd". Ce poème n'est pas tendre avec les canapés en tissu.

catherine 18/02/2017 12:00

"Tout est affaire de décor" et de papier peint.
Et en extrapolant un peu, on peut dire que c'est "ainsi que les hommes vivent et leurs baisers au loin les suivent". Et il y a bien une histoire de canapé dans le poème, comme quoi tout se tient.

Fernand Chocapic 17/02/2017 18:30

Tout cela me fait penser à du théâtre de marionnettes. Clairement, et sans vouloir faire offense à votre tata, nous sommes la Nouvelle Vague. J'en connais des vedettes (à l'exception de celles qui sont encore à Cannes - vous avez raison) qui aimeraient tourner en sous-vêtements dans ce fameux décor que nous avions imaginé : le canapé.

catherine 17/02/2017 16:39

Oui, je me souviens, le tout arrosé d'un bon petit blanc, un Gros Plan je crois. C'est elle (ma tante), bien aidée de votre oncle c'est vrai, qui a inventé la « fondue-enchaînée » (non, pas le canard, la fondue). Avec son fil à gant dans sa poche, et de fil en aiguille vous pensez bien, elle avait fini par faire des films à l'intrigue jamais décousue, le tout était vraiment bien ficelé. Ce ne sont pas ses courts métrages qui auraient été retirés de l'affiche après trois jours.

Aukazou 16/02/2017 18:52

Sans l'ombre d'un doute ! ;-)

Fernand Chocapic 16/02/2017 17:54

Je ne révèlerai pas ici que votre arrière grand tante était une farceuse qui achetait du fil à gant pour le mettre dans la fondue savoyarde. D'ailleurs, personne n'a jamais pu prouver que c'était elle.

catherine 16/02/2017 11:59

Après qu'il eut dit à Aukazou qu'elle avait raison, ce en quoi il n'avait pas eu tort, Fernand Chocapic revint vers une de ses thématiques de prédilection, et non la moindre, une thématique qui lui est propre et encore heureux, à savoir le sous-vêtement de qualité, blanc, coton élasthanne, Atataï de préférence. On peut en retrouver la chaîne paradigmatique tout au long de ses articles.
Lorsque Catherine raconta qu'en Australie, les femmes n'étaient pas sectaires et préféraient voir un homme en slip qu'en gourou (slip kangourou) c'était pour ne pas être en reste (et malgré sa réticence à utiliser le mot "slip").
Dans « L'approximation du bonheur », il va sans dire que les deux protagonistes repliés dans un demi-songe sur un canapé pas très récent, ni très inter-récent, sont en sous-vêtements. Pour elle, culotte blanche adorable et débardeur à bretelles, pour lui T-shirt nonchalant mais parfaitement symétrique, et slip ou caleçon on hésite encore. Dans le générique de fin, on dit de qui sont les sous-vêtements (Ted Lapidus et Princesse Tam Tam). Les sous-vêtements sont rigoureusement exacts, et pas approximatifs pour deux sous. On peut s'y fier.

Fernand Chocapic 16/02/2017 12:49

Encore une fois, votre commentaire fait partie de mes meilleurs textes. Et pourtant, vous y dites trois fois slip, mais vous vous rattrapez tout de suite après avec une culotte blanche adorable et un débardeur à bretelles. On peut difficilement être plus clair. Vous m'auriez dit "une culotte blanche à motif avec des ananas", j'aurais demandé des précisions. "Je n'ai jamais vu une telle culotte sur le marché. Dans quel bac l'avez vous trouvée ?" On se serait perdus dans les rayons du Monoprix. Les spectateurs auraient commencé à mettre en doute la véracité des sous-vêtements, et ce n'est pas en introduisant un T-shirt vaguement symétrique qu'on aurait pu rattraper le coup. On ne tenait pas trois jours en salle.