Ville pour ville

Publié le par Fernand Chocapic

Les WC sont à la turque et le loquet ne marche pas. Je fais pipi, appuyé contre la porte. Dans la cabine à côté, j'entends une femme qui téléphone. Le séchoir à mains indique : "chaud". "Merci d'être resté" me dit-elle en sortant. Je me reboutonne en vitesse avant que la police ne débarque
 
 

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Aukazou 17/05/2017 21:39

J’ai réfléchi à l’emmerdement maximal que je vous causais sur votre blog. Alors, j’ai recréé un blog. J’ai voulu parler de ce que je faisais de ce sur quoi je travaillais, de ce que j’espérais faire de mes recherches, des choix drastiques qu’il a fallu effectuer. Et puis, je me suis vue exposer par le menu le plus intime, le plus privé et j’ai trouvé ça éminemment dangereux. J’ai un facebook de groupe, bien sûr, mais là encore je n’y partage que le minimum syndical. Je n’ai pas de compte twitter. Je n’ai pas de compte instagram bien que je ressente, moi aussi, le besoin de communiquer mais pas n’importe comment et surtout pas à n’importe quel prix. Tout cela mis bout à bout me condamne à demeurer très solitaire. C’est assez injuste quand on y pense. Je travaille sur une des thématiques les plus novatrices de la théorie des organisations avec une articulation ingénieuse qui me permet de mettre en avant une loi cadre qui relève du droit de la santé et je ne peux même pas en parler. Avec ça, je ne suis pas seulement juriste, je suis littéraire aussi. Pour autant, personne n’échange plus sur la littérature. On fait des ateliers d’écriture et on croit révolutionner le monde des lettres … Mais où je me situe moi dans tout ça ? J’ai bien conscience d’être madame tout le monde mais je ne suis quand même pas condamnée à errer sur des blogs ou sévissent des plus vieilles que moi et nettement plus débiles avec lesquelles, de surcroît, je ne parviens pas à m’entendre ! Où sont les gens qui me ressemblent ? Je ne suis tout de même pas la seule de mon espèce ? C’est délirant quand j’y pense.

Aukazou 16/05/2017 18:18

Paradoxalement, je me réjouis toujours de lire la rubrique nécrologique des pages du Monde. Je sais que je n’y croiserai aucun ami à moi.

Aukazou 17/05/2017 19:35

Vous êtes particulièrement courtois avec moi. C’est parce que je suis grabataire ? ;-). J’apprécie ce que vous faites, Chocapic, mais j’assume ma misère affective. D’autant que je n’ai aucune libido ce qui, à l’âge que j’ai, me paraît dans l’ordre des choses. Voyez, la nature est bien faite. Par ailleurs, je suis une contemplative, pas une rêveuse. C’est très différent. Je ne rêve pas ma vie, je me projette à peine ce qui explique mon absence totale d’ambition. Peu me chaut de savoir si Léon m’enlèvera à pied, à cheval voire dans un fiacre, ou si l’on rêve de moi le soir dans son petit lit blanc. Ce genre de fantasmagorie bovaryenne n’est pas dans ma nature, je ne me nourris pas de chimères. En revanche, je peux m’absorber des heures entières dans un état contemplatif d’où il est très difficile de m’extirper. Je n’ai pas besoin de grand-chose : un étang, quelques arbres, des poules d’eau, un héron cendré, le son des cloches dans le lointain, et me voilà à mon affaire.

Néanmoins merci.

Fernand Chocapic 16/05/2017 19:06

On vous aura peut-être vue passer dans la rue alors que vous reveniez du marché, et sans oser vous aborder, sans même que vous l'ayez remarqué, on aura peut-être bien pensé à vous le soir dans son petit lit. Tout ça pour quoi ? Pour se retrouver dans la rubrique nécrologique des pages du Monde.

Aukazou 16/05/2017 15:34

Une nuit d’encre, comme je les aime, absolument pure et primitive, tout juste habitée d’un frémissement d’étoiles, s’est répandue sur la ville. Et soudain tout s’est tu. Les chiens ont cessé d’aboyer. Une à une, les fenêtres se sont éteintes. La grande nuit minérale a tout absorbé. Je me suis tenue, un long moment, au bord du mystère, buvant à même le calice de la vie. Et j’ai remercié pour l’air qui circule à nouveau dans mes bronches, pour chaque respiration, pour le souffle qui est aussi l’Esprit. Me voilà debout, rincée des douleurs anciennes, sans exaltation – je réapprends la vie timidement - mais comblée. Vivre est un miracle qui ne va pas de soi.
Au lever, je me suis étirée dans un matin de feuilles et d’oiseaux. J’ai mis la cafetière en marche et j’ai fait chanter le piano juste un peu, manière de salut pour le merle étonné qui siffle dès que je me mets au clavier. Je ne saurais jamais s’il proteste ou s’il opine du bec. Je sais, en revanche, que nous existons l’un pour l’autre entre deux parenthèses, « bonjour », « bonsoir ».
A Paris on s’agite, je sais bien qu’on s’agite. Coups de fil et sms se succèdent. Mais que fait-elle ? Est-ce qu’elle produit au moins ? Va-t-elle rentrer à la fin ? Mais oui mes bons « amis », elle va rentrer avant la fin de la semaine. Elle fait une pause validée par son médecin qui l’a trouvée fatiguée, anxieuse, et asthmatique au dernier degré. Son nouveau traitement et une cure de vitamines et de fruits frais ont fait le reste. Elle court dans les escaliers ! C’est dire !
Je vais rentrer oui ! Le travail sera bel et bien achevé, encore oui ! Mais pas avant que je n’aie profité de longues balades dans les hortillonages. C’est-à-dire de tout ce que la maltraitance parisienne m’a ôté avant que mon corps ne se révolte. Je reviendrai avec du miel de tilleul pour les amis, et des macarons amiénois. Pour les autres, ce sera soupe à la grimace.

Ville pour ville, je préfère la mienne.

Fernand Chocapic 16/05/2017 18:56

J'aurais bien aimé être là quand vous vous êtes mise nue à la fenêtre et que vous avez bu à même le calice de la vie. Ce devait être excellent à voir.