La vie en province

Publié le par Fernand Chocapic

Dans les maisons de quartier, des hommes et des femmes, petits ou gros, se refilent leurs étoiles
 
 

Vendredi soir

Publié le par Fernand Chocapic

Je me retrouve bancal
Une épaule plus haute que l'autre
Tout au bout de la table à repasser
Assis sur le bec d'une flûte
 
 

Ce vieux fusible

Publié le par Fernand Chocapic

Depuis qu'il sait que les ménagères du quartier sont à la recherche d'un vrai marchand de légumes, il traîne par ci, par là et par devinette. Il vole de travers comme une frite d'aérobic, le pot d'échappement à ras du gazon. Et quand il croise une femme, il l'imagine nue dans ses chaussettes comme au jour de Noël
 
 

La femme Barbara

Publié le par Fernand Chocapic

En 1974, elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de Genève où elle a étudié aux côtés de photographes entraînés par leurs fantasmes colorés et leur jeunesse aliénée dans un concasseur de bananes létales. Après les funérailles, elle est montée à Paris. Là, Goldie a commencé à travailler avec un Pentax, des lentilles grand angle et un flash. Cela a ouvert sa vue et sa palette. Goldie connaissait un conjoint-aspirateur, un maître de l'auto-création. Quand elle l'a vu, elle s'est sentie chaude et ludique. Ils sont descendus dans le Sud où elle est devenue la femme Barbara. On la voyait dans les dunes avec ses amis, image après image, vivre sa vie avec insouciance
 
 

Un autre soir ennuyant

Publié le par Fernand Chocapic

Qu'est-ce que ce sera cette fois-ci ? Une autre paire de mains ou un autre soir ennuyant ?
 
 

Entreprendre, qu'est-ce que ça veut dire ?

Publié le par Fernand Chocapic

Comme elle passait sans me voir, j'ai dit : "Comme tu es charmante. Avec toi, on pourrait se livrer à une entreprise hardie, aventureuse, révélatrice. Mais nous pouvons tout aussi bien faire quelque chose de raffiné et de pudique". Elle s'est assise en terrasse. J'ai dit : "Uni à toi, on peut risquer soit quelque chose d'audacieux, soit quelque chose de très délicat". Elle a bu son verre d'une traite puis elle a dit : "Ce que vous dites m'intéresse. Je vais y réfléchir"
 
 

Assume ta propre fantaisie

Publié le par Fernand Chocapic

C'était un après-midi de grand soleil. L'odeur des boissons alcoolisées flottait dans l'air. Je m'étais assis pour écrire un poème sur les érables. C'est là que je l'ai vue. Elle était allongée sur une chaise longue. Je crois qu'elle dormait. Je me suis approché, mesuré comme un facteur. Son pouls battait de manière régulière. Le tempo était très similaire à celui d'une tique, bien qu'il ne s'agissait ni d'une poule de prairie, ni même d'un très gros chat. Soudain, elle a ouvert un oeil, comme les serpents cachés dans la saline soulèvent leur hochet pour vous étonner. J'ai vu son corps défiler devant mes yeux. L'épaule, la hanche, la brume. Elle a eu un petit rire étonné. J'étais complètement dissolu, coincé entre le silence et le pied de la chaise. Elle m'a dit : "Manutentionne-moi avec précaution", mais il fallait d'abord que je me ramasse
 
 

Se rappeler d'avoir le lait

Publié le par Fernand Chocapic

Quand tu n'as pas touché un autre humain en vingt-trois jours, pas même la paume de quelqu'un, et qu'une partie de ton corps est en feu, tu t'imagines en train de monter le vélo de ton frère tellement tu n'as jamais rien vu d'aussi beau que des nichons
 
 

Une histoire sans témoins

Publié le par Fernand Chocapic

Je pète sur le gaz et dans le rétroviseur, je les vois en train de rire. Je comprends par la peur à tes yeux que non seulement le dieu du blanc est mort, mais aussi le grand esprit. C'est incroyablement noir, noir au-delà de la métaphore. Sous un ciel plombé, à l'endroit où Dieu a soulevé la maison par les cheveux, il ne reste plus que la cuisine et la baignoire où nous nous sommes cachés. Je pose la tête dans tes genoux. Je sens ta main qui repose sur mon dos. Le pays où se trouve la maison est plongé dans un long crépuscule en forme de prune. Il y a des nébuleuses dans le ciel et des monticules de nuages posés en vrac sur les forêts. On entend la nature sauvage brisant les os de la maison. Nos coeurs continuent de battre. Nous allons probablement finir noyés sous une masse énorme de shampooing. Je tente de me mettre à l'envers. J'ai une fesse posée sur le rebord de la baignoire. Je tourne et tourne encore jusqu'à la fin du monde, jusqu'à ce que débordé par une vague, le téléphone ne se mette à sonner
 
 

Super lune

Publié le par Fernand Chocapic

La nuit dernière, en regardant par la fenêtre, je me suis aperçu que ma mère, grande et composée, portait un maillot de bain jaune. Pensez à Baudelaire et à ses nuages ("C'est un marshmallow tout naturel"), à Michel-Ange sur son escalier ("Je bois du sel à ta source sacrée"). Pensez à n'importe quelle personne épique de votre entourage, une connaissance que vous ne pouvez pas toucher et qui fait naître en vous un désir que vous ne pouvez pas localiser ("C'est dans le coeur que se trouve l'horlogerie"). Cette personne possède tout un ensemble de pulls. Je vous demande de choisir une carte. Vous tirez violemment l'ananas. Vous vous retrouvez seul, la face assaisonnée de vert. Les questions sont innombrables et les rivières vous tiennent. La nuit sera longue
 
 

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