Ananas

Publié le par Fernand Chocapic

Si je lèche des ananas, c'est pour me préparer aux veuves de banlieue qu'on va se récupérer en dernier recours. Toutes ces mères de vieux manteaux sans café ni oranges dosées comme l'automne. Tu essaies de leur faire l'amour et elles te trompettent de rire au visage. J'appréhende déjà les photos de leurs filles que je ne connais ni d'Êve ni d'Adam et qui se choisiront toutes un garagiste de chez Michelin pour entretenir leurs pneumatiques
 
 

La nuit

Publié le par Fernand Chocapic

Le vent s'engouffre dans la cheminée. Il se glisse sous la couette et me soulève par la reliure. Je me lève pour comprendre. Dans la cuisine, le frigidaire est somnambule. En ouvrant la porte, j'ai un premier flash : la grève a touché les fabriques de yoghourt. Je me dirige vers la salle de bain. Deuxième flash. Dans le miroir, il ne reste qu'un oeuf (et la cannelle d'un porc-épic). J'éteins toutes les lumières. La lune glisse en bas de l'escalier. Je retourne me coucher
 
 

Pour une surprise

Publié le par Fernand Chocapic

Quand elle est entrée dans ma chambre, elle a jeté ses épingles à cheveux sur le sol puis elle s'est allongée sur le lit avec ses mamelons. Je me suis mis à transpirer car je ne la connaissais pas. Elle m'a demandé une cigarette. J'ai fait semblant de farfouiller sous le lit. Elle m'a caressé les fesses très doucement. Ça m'a donné la chair de poule. Je n'osais pas me relever car j'avais le visage en feu. Je lui ai dit d'une voix étouffée : "Si vous avez des questions, je connais les meubles"
 
 

Contre le ski

Publié le par Fernand Chocapic

Je publie ce manifeste pour que jamais plus mes amis n'aillent se compromettre sur les pistes. J'en ai trop vu partir le matin avec un Balisto et revenir le soir avec une jambe dans le plâtre. Le bon sens local voudrait plutôt que l'on se tienne devant la cheminée avec de grosses chaussettes en laine. Inversement, quand la tempête de neige arrive et que les parisiens déchaussent, quoi de mieux que de quitter le refuge pour s'en aller courir après les filles du cru ?
 
 

Hôtel

Publié le par Fernand Chocapic

Comme j'étais dans la ville la plus achalandée de France, je n'ai eu aucun mal à trouver un lit. J'ai dormi avec une suédoise qui avait les pieds carrés. Nous avons discuté de la pluie et du beau temps. Elle m'a souhaité une bonne nuit. "Nous aurons l'occasion de nous revoir bientôt" a-t-elle ajouté de manière énigmatique avant de rabattre le drap. J'ai pris ça pour une menace. Mon voisin de chambrée m'a affirmé que cette jeune femme ne connaissait pas la libido et suivait des cours au collège de France. "Ce n'est pas une mangeuse d'oreiller" a-t-il ajouté. Cela m'a un peu rassuré. Vers minuit douze, il y a une plaque de ciel qui est tombée du plafond. La suédoise se tenait debout sous la pluie. Elle me pratiquait la médecine douce avec les pieds. "C'est une bonne alternative au sirop" se plaisent à dire les médecins
 
 

Cet oiseau a volé

Publié le par Fernand Chocapic

"Il faut surveiller son balcon et semer la fleur au bon moment" disent les fâcheux. Moi, quand arrive le printemps, j'aime bien mettre de la folie dans mes jardinières. Je suis comme un clown sous un immense chapiteau. Je suis libre de mon arrosoir et de ma pomme. Oh comme je les sens bien, ces dégradés de vert ! Ce rose de la jeunesse que l'on voit poindre sous la casquette. Ces naturistes perdus au milieu des pins. Ma mère qui couve dans sa chambre. Toutes ces belles abeilles qui bourdonnent
 
 

Le romantisme éhonté

Publié le par Fernand Chocapic

Serge Gainsbourg (ou Gainsbarre, comme on l'appelle dans les Caraïbes) est l'un des plus grands pervers musicaux de notre siècle. Sur le premier titre de l'album, vous entendez sa barbe sur le micro, et Jane Birkin au bord des larmes qui menace de se jeter dans la Seine, comme le font malheureusement les parisiennes pour exprimer leur désespoir. Sur la piste suivante, soudain, tout va mieux. Il y a du soleil, des vagues, des palmiers, des pizzas et des femmes à talons hauts. Pour un peu, on se croirait sur la plage
 
 

Où est passée la noce ?

Publié le par Fernand Chocapic

Je sors discrètement de chez moi pour aller manger dans une gargote à dix pesetas. La table est luxuriante. Il y a des aisselles à foison. "Je mangerais bien le gardien de musée" que je dis, plantant ma fourchette dans un artichaut. Personne ne rit. Ils plongent le nez dans leur assiette. Je regrette d'avoir pris la parole. Un convive se lève à l'autre bout de la table. Il dit : "Éloignez les enfants, je lance un quizz politique". Tout le monde se met à taper des pieds. Je regarde discrètement sous la nappe. Un serveur est en train de lessiver le plancher. Je lui demande si je peux venir avec lui sous la table. Il me lance un regard noir. Soudain, la patronne sort de la cuisine en hurlant : "Amenez-moi tout de suite un extincteur ou je vide le contenu de la chaudière !"
 
 

La tache

Publié le par Fernand Chocapic

Certaines femmes vont à l'université pour trouver un mari. Dès que je l'ai su, j'ai rempli un dossier. Le lendemain matin, j'étais sur le campus. Le bâtiment avait de grands X sur ses fenêtres. J'ai sonné chez le doyen mais il n'est pas venu ouvrir. Je me suis présenté à l'accueil. Après une très longue attente, l'infirmière scolaire m'a reçu dans son bureau. Je me suis allongé sur la table. Elle m'a examiné de la tête aux pieds puis elle m'a posé des questions. "C'est quoi pour vous le mariage ?" m'a-t-elle demandé. Je lui ai répondu qu'il fallait rester calme et toujours continuer à se regarder bien en face, comme deux étrangers. "Est-ce que les épaules nues vous apportent une sorte d'extase ?" J'ai répondu qu'avec la nuit et le froid, si j'étais poursuivi, je chercherais probablement à me réchauffer d'une manière ou d'une autre. Elle m'a remercié d'être venu et m'a fait sortir discrètement par la porte de derrière
 
 

On allait voir les cygnes

Publié le par Fernand Chocapic

Martine, la fille la plus maligne de la Terre, a perdu une dent dans les jardins du Luxembourg. Elle a dit : "Croyez-moi, mon cher, aussi bizarre que cela puisse paraître, vous allez me chercher cette couronne à quatre pattes". Elle a fouillé dans les poches de tout le monde, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul chrétien parmi les chômeurs. Le soir venu, elle n'avait toujours pas de nouvelles de sa dent partie trop vite. Je me suis relevé dans un sandwich. J'avais des guirlandes de lierre dans les cheveux. Je lui ai dit : "Il va pleuvoir. On ferait mieux de rentrer. J'ai peur de devenir vieux et timide si je reste là". On voyait passer des tas de couples mariés. Ils se dirigeaient un par un vers le continent imaginaire
 
 

<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>
© Fernand Chocapic 2017 - Tous les textes de ce blog appartiennent à leur auteur