Changement d'échelle

Publié le par Fernand Chocapic

Un oiseau se baigne dans une flaque d'eau, juste là au pied de l'arbre. Les feuilles tourbillonnent, excitées par le vent. Un changement d'échelle se produit. De quel taille est cet oiseau, et où puis-je le mettre dans mon lit ? Les molécules volent jusqu'à un cintre avec vos habits. Vous pouvez maintenant prendre la place de l'oiseau
 
 

Le mercredi à Plainpalais

Publié le par Fernand Chocapic

Il est pratiquement impossible de censurer les livres sérieux pour leur langue ou leur sujet. C'est pourquoi les auteurs qui ont un intérêt honteux pour la nudité ou qui dépassent les limites coutumières de la franchise sont ceux qui se retrouvent d'abord en prison. Ils s'y échangent des livres difficiles voire impossibles à obtenir à la maison. Et quand on les libère et qu'ils retournent chez eux, on leur dit : "Tenez-vous à carreaux ou je reprends les rides de votre chat"
 
 

Un autodidacte socialement maladroit

Publié le par Fernand Chocapic

Au musée, Daniel est abordé par une femme plus séduisante que la moyenne. "Que pensez-vous de ça ?" demande-t-elle, et elle l'invite à déjeuner avec ses amies du club des livres. Il s'assied au milieu de femmes urbaines, élégantes et riches. Elles lui parlent d'une voix douce, rendant chaque seconde inconfortable. Le soir, une antiquaire l'invite à faire la fête dans sa maison effarouchée
 
 

Si je devais travailler dans un livre

Publié le par Fernand Chocapic

Mon bureau aurait une ambiance de boutique-hôtel. Un matin, une secrétaire entrerait pour me donner du travail. Comme je ne pourrais pas refuser, je partirais immédiatement à la recherche de preuves et de sous-vêtements féminins. En rentrant le soir, elle m'attendrait sur un tas de coussins. Elle se déshabillerait lentement et tandis que je ne regarderais pas, elle sortirait un micro de dessous un coussin et commencerait à me menacer d'exposer nos conversations dans un muséum d'histoires naturistes
 
 

Une histoire absurde

Publié le par Fernand Chocapic

J'ai longtemps différé mes rapports avec les femmes, en partie parce que les femmes de ma classe n'étaient pas de vraies femmes. Et puis il y avait toute cette folie des bourses qui faisait rage autour de moi. Après la classe, je ne rêvais que d'une chose : Une bonne école de grammaire. Il était absolument nécessaire qu'elle existe. Sinon, comment expliquer la famille - et la main-d'oeuvre ? C'est à cette époque que sont arrivés les premiers ordinateurs. Mon père et ma mère me poussaient vers un immense tableau de chiffres abstraits. On me disait : "Tu devras travailler comme ça si tu veux obtenir quelque chose de comparable", mais en sortant de l'école, le monde avait changé. Il ne restait rien d'aussi lourd et léger que ce que j'avais imaginé
 
 

Un nouveau type de visioconférence

Publié le par Fernand Chocapic

Quelques mois après la fin des cours, j'ai reçu un courriel d'une étudiante en Master 2. Elle voulait apprendre à me connaître depuis l'Australie. Refusant de me payer le voyage, nous avons appris les mouvements de l'autre, de manière intermittente et à distance, par l'intermédiaire d'un kangourou et d'une danseuse de mon quartier. Les séances se passaient bien, même s'il est toujours impressionnant de communiquer avec une tierce personne à travers le corps insoutenable d'une femme d'âge moyen, et j'imagine, d'un kangourou
 
 

Ma mère fois deux égale moins un

Publié le par Fernand Chocapic

Le nom de ma mère est Olga. Je la connais depuis que je suis bébé. Elle est belle. Plus belle que ma mère, que je considère pourtant comme une amie. Elle a un long corps doux et des cheveux noirs qui lui tombent sur les seins. Nous avons aussi, ma mère et moi, des cheveux, mais les gens ne se retournent pas sur notre passage comme ils le font sur Olga. C'est une des raisons objectives pour lesquelles ma mère est mon amie, sachant que ma mère est blonde et ressemble à Romy Schneider - comme n'importe laquelle des mamans que je connais
 
 

Une timidité surréaliste

Publié le par Fernand Chocapic

Basil peignait des paysages avec trois ou quatre pinceaux. Il était si timide que les filles du village lui tenaient des poses sensuelles dans les champs de tournesols. Si timide qu'un jour, il posât sur une terrasse avec dix de ses parents, dont trois ou quatre cousines particulièrement nues
 
 

Doublez le gingembre !

Publié le par Fernand Chocapic

Hier, la cantine a accepté d'organiser un repas comestible pour certains invités triés sur le volet. Le dessert était une baguette de fraise "légèrement infusée" qui me remémora les souvenirs proustiens du lycée, quand les femmes avaient le goût de la citrouille
 
 

Un gang de filles maussades

Publié le par Fernand Chocapic

Je les ai repérées hier soir dans le train. Elles attendaient un homme pour hisser ses bagages et je suppose, le prendre dans leurs filets. Leur regard était inquiétant, trop spécifique pour être celui de simples voyageuses. Le siège à côté d'elles portait la marque d'un rectangle de front. Le sol était cuit et pâle, le ciel était sombre. Elles tenaient lâchement dans leurs mains ce qui pouvait ressembler à une arme, ou à un sac. Je croisais les doigts pour qu'il n'y ait pas de tunnel quand le contrôleur est entré dans notre compartiment. J'ai pensé que peut-être elles n'avaient pas composté leur billet, et cette idée me fit trembler. "Devrions-nous avoir nos billets ?" demanda une des filles, tandis que le contrôleur lui adressait un sourire de collusion pratiquée. Il devait faire partie de la bande. Je décidai de jouer la négligence en regardant par la fenêtre. À un moment donné, une des filles se pencha. Je vis que sa lingerie était hantée par la piqûre d'une bande de plastique grossièrement arrachée. Hélas pour moi, c'était un piège ! Une manoeuvre visant à détourner mon attention pendant que sa copine se déshabillait de manière franche. Pris de court, je décidai d'enlever mes propres sous-vêtements quand le train entra en gare. Tous les voyageurs descendirent. Je restai seul dans le wagon. Le siège à côté de moi portait la marque d'un huit de fesses
 
 

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